Pas de lingettes dans les toilettes

Les lingettes sont chères et polluantes. Jetées dans les toilettes, elles détériorent les systèmes d’assainissement et impactent la qualité de nos eaux potables. Leur place est à la poubelle. Mais il existe des éponges, serpillières, des tissus réutilisables et lavables. Oui, on peut vivre sans lingette.

En temps « normal », chaque seconde, 233 lingettes sont consommées en France. Apparues au Japon il y a 30 ans pour la toilette de bébé, le démaquillage, le ménage… leur usage est devenu un réflexe dans beaucoup de foyers.

Elles paraissent inoffensives, ces lingettes, symbole de l’hygiénisme jetable. D’ailleurs, en cette période où l’on conseille de traquer le virus, leur utilisation a décuplé. En textile non-tissé de cellulose, viscose ou polyester, imbibées de substances nettoyantes, elles ne nécessitent pas d’eau. Elles sont à usage unique.  Pourtant, en vérité, c’est un fléau : la santé, l’environnement, le porte-monnaie, tout en pâti.


Impossible à recycler, les lingettes sont un poison pour la planète. Leur composition complexe, à savoir des fibres textiles imbibées de produits chimiques, en font des déchets ultimes.

Les lingettes jetables bouchent les installations d’épuration

Hélas, hélas… nombre de gens se débarrassent de leurs lingettes, « linge-jette », en les jetant dans la cuvette des toilettes. Et là, c’est la catastrophe. Car ces textiles ne sont pas biodégradables. À la différence du papier toilette, ils perturbent le cycle de traitement des eaux. Une fois dans les tuyaux ils captent les matières, se gonflent font des bouchons, et c’est le risque de casse à chaque instant. Les pompes de refoulement, les canalisations, les boîtes de branchement… ne sont pas prévues pour évacuer ces effluents hors norme. En effet, le diamètre de la plus grosse partie des canalisations mesure entre 20 et 50 cm.

Dans les stations d’épuration, il faut retirer les monceaux de lingettes et de papiers essuie-tout avant de traiter l’eau. On est bien obligé de réaliser que ces opérations ont des conséquences importantes sur le prix de l’eau potable.



L’offre est infinie, comme en témoignent les linéaires des supermarchés dédiés aux produits d’entretien. Sous des emballages attrayants, ils déclinent toutes sortes de vertus et parfums « qui sentent le propre », nous promettent le meilleur résultat, surtout sans effort et... vite. Photo tirée de l'article Moustique : Vos produits d'entretien ne sont pas si clean que cela

La lingette c’est 16 fois plus cher

L’industrie chimique rivalise d’ingéniosité pour nous faire oublier des produits traditionnels tel le vinaigre blanc ou le savon noir, au profit de produits complexes et sophistiqués plus chers et bien plus polluants. Et nous nous laissons faire ?
Il faut croire que oui. Le rapport 2016 de l’Ademe pointe « la très forte progression des textiles sanitaires (lingettes, couches), avec 34 kg par habitant ». Pourtant les lingettes jetables sont 16 fois plus chères et créent 20 fois plus de déchets que le nettoyage classique, souligne le WWF. Les nettoyants traditionnels génèrent environ 1,2 kilo de déchets par an par personne contre 23 kg pour les lingettes.
Il est évident qu’en se passant de lingettes jetables on réalise de « vraies » économies.

 


Comme les cotons-tige, autre fléau,  la place des lingettes est dans la poubelle noire.

Un coût environnemental et sanitaire lourd

Elles sont faites comment, avec quoi, ces lingettes sommes-nous en droit de nous demander ? Ces matières synthétiques sont bien sûr enduites de produits qui n’ont rien de naturels. Certaines sont clairement identifiées comme dangereuses, c’est le cas des lingettes pour le nettoyage des sols ou des sanitaires. D’autres laissent planer le doute. Une étude américaine publiée le 6 avril 2018 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology suggère que l’utilisation de lingettes pour bébé perturbe la barrière protectrice de la peau et participe ainsi au développement des allergies alimentaires chez l’enfant. Mais nous enfonçons ici des portes ouvertes…

Par le biais de leur association, les industriels (Association française des industries de détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle) se défendent arguant d’une économie d’eau « de 5 millions de mètres cubes par an, soit la consommation d’une ville de 100 000 habitants, quand on utilise des lingettes au lieu de serpillières et gants de toilette ». Mais l’Ademe ne l’entend pas de cette oreille : « La fabrication des lingettes utilise beaucoup d’eau. De plus, ces produits sont souvent transportés sur de longues distances. Il y a donc une consommation de pétrole qui vient alourdir leur poids environnemental. » Aucune étude n’a permis de comparer l’analyse de cycle de vie d’une lingette jetable avec celle d’un gant de toilette ou d’une serpillière, mais « on sait que l’impact environnemental des lingettes n’est pas bon, note Roland Marion responsable du service Produits et efficacité matière à l’Ademe. « À l’heure où l’on recommande des modes de consommation plus respectueux de l’environnement, il faudrait se passer des lingettes », conclut-il.

Cette courte video permet de comprendre le mécanisme d'obstruction des stations d'épuration par les lingettes

 


Le confinement est propice pour modifier ses habitudes domestiques. Une éponge, un chiffon, un balai, de la pierre d’argile, du vinaigre s’avèrent efficaces. Réhabilitons le gant de toilette, belle invention !

Un poison pour la planète

Impossible à recycler, les lingettes sont un poison pour la planète. Leur composition complexe à savoir des fibres textiles imbibées de produits chimiques en font des déchets ultimes. Alors que la plupart des flacons de produits détergents sont repris par la collecte sélective, les lingettes jetables produisent des déchets non recyclables qui viennent gonfler les poubelles « tout-venant ». Enfouies, elles contribuent à l’empoisonnement des sols, incinérées elles polluent l’air ambiant.

Peut-être, alors, le confinement est-il propice pour modifier ses habitudes domestiques. Une éponge, un chiffon, un balai, de la pierre d’argile, du vinaigre s’avèrent aussi et même plus efficaces ; et pour lutter contre le virus qui nous occupe actuellement, le savon, l’eau, le gel hydroalcoolique ! Réhabilitons le gant de toilette, belle invention !

Et si vous ne pouvez pas, vraiment, vous passer de lingettes, n’oubliez pas : leur place est dans la poubelle noire.

 


ALLER PLUS LOIN

La chasse aux textiles sanitaire. Ouest-France


Photo de Une CC. SA. Kjell Eson